- 2008-2009, à L'Étoile, Somme
- 2009, à Koudougou, Burkina Faso
- 2008-2009, aux Malmaisons, Paris
- En Thiérache du centre, Aisne
- La lettre "Et le Travail ?"
- 2005-2008, premières étapes
- Avant, en 2004, à Belfort
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La valeur, Denis Lachaud

Peut être y a-t-il aujourd’hui un défaut de valorisation du travail. Dites-vous. Que dites-vous ? Vous dites que peut être il y a aujourd’hui un défaut de valorisation du travail. Je n‘entends pas. Je ne parviens pas à vous entendre. Je veux vous entendre. J’essaie de vous entendre. Je sais que je n’ai pas les oreilles pour vous entendre. Je sens que mes oreilles ne sont pas formées à vous entendre. Entendre. Je veux dire comprendre. Peut être y a-t-il aujourd’hui un défaut de valorisation du travail. Vous dites. Aujourd’hui ? Toujours. Peut être y a-t-il toujours eu un défaut de valorisation du travail. Je crois que je commence à entendre. Valorisation du travail. Peut être puis-je penser différemment. Peut être me demandez-vous de penser différemment. Vous me demandez de penser différemment, de penser différemment le travail, la valeur du travail. La valeur du travail, ça j’ai du mal à entendre. La valeur de mon travail ? L’expérience Godin est une expérience. La façon dont Godin a traité le travail dans son usine et dans son familistère, c’est une expérience. Vous dites travail, capital, richesse, émancipation, émancipation matérielle, émancipation intellectuelle. Vous dites tant de choses. Et la lutte des classes, bordel ? Et le conflit dans mon entreprise ? Et l’humiliation quotidienne dans mon entreprise ? Et l’’humiliation quotidienne dans ma vie ? Et mon travail qui me tue, qui peine à me faire gagner ma vie, qui ne me permet pas de vivre ma vie ? Et les parachutes en or massif pour les pédégés qui quittent l’avion ? Et la lutte des classes, ce vieux rêve qui me sauve du désespoir ? Vous dites autre chose. Ça fait mal. Je veux vous entendre. Ça fait mal. Autre chose est possible. Ça fait mal. Vous, vous dites que vous vivez autre chose. Tous les jours. Ça fait mal. Vous dites que dans votre entreprise, le travail a autant de valeur que le capital. Il y a autant d’actions travail que d’actions capital. Je ne comprends pas comment ça marche. Vous dites que ça marche. Vous dites que ceux qui travaillent ont autant de poids que ceux qui apportent le capital. Dans votre entreprise. Ça fait mal. La lutte des classes n’est pas le seul moyen de changer l’économie dominante. C’est ce que vous dites. On ne peut faire advenir une société pacifique d’une lutte violente. Il faut replacer le travail à l’égal du capital. On a besoin du capital, de travail et de talent. Ça c’est Godin qui l’a dit. Godin c’est vieux. Et vous, si je comprends bien, vous dites à peu près la même chose. Vous dites que vous vivez ça, depuis vingt ans, dans votre entreprise, une scierie, une usine à bois, vous vivez ça dans votre entreprise où toute décision importante est validée collectivement, dans votre entreprise où chacun a un pied à l’atelier et un pied à l’administration. Un pied à l’atelier, un pied à l’administration ? Vous travaillez à l’atelier et à l’administration ? Oui, vous essayez, dites-vous. Ça donne une vue d’ensemble, ça facilite la connaissance de l’entreprise, des priorités, ça facilite les décisions. Et en plus vous ne travaillez que quatre jours par semaine. Bon. Et vous êtes compétitifs sans conflits sociaux ? Et vous êtes compétitifs avec vos quatre jours par semaine ? Vous êtes compétitifs sans humiliation quotidienne ? Vous êtes compétitifs avec votre validation collective des décisions ? Avec votre pied à l’atelier et votre pied à l’administration ? Votre entreprise est compétitive ? Oui vous êtes compétitifs. Contredire les lois du marché ne signifie pas s’en abstraire, dites-vous. Ah oui. Contredire les lois du marché ne veut pas dire s’en abstraire. Et quand il s’agit de partager les bénéfices, vous faites comment ? Vous dites que si vous distribuez des dividences, c’est égalitaire. Moitié au capital, moitié au travail. Les dividendes. Et vous avez des conflits ? Comment vous gérez les conflits ? Vous dites que oui, vous avez des conflits, vous avez des conflits comme dans tout groupe humain. Vous ne connaissez pas les conflits classiques du travail, les conflits concernant les heures de travail, les conflits concernant les salaires, vous avez des conflits de personnes, comme dans tout groupe humain, vous les gérez comme dans tout groupe humain, les conflits de personnes. Et aussi, vous avez des conflits quant aux choix, aux orientations à long terme. Et là, vous faites comment ? Vous votez ? Vous dites que non, vous dites que les votes concernant les grandes orientations ne sont pas le meilleur moyen d’avancer collectivement. Ah. Quoi ? Que dites-vous là ? Quand il s’agit de choix importants, d’orientations à long terme, le vote n’est pas le meilleur moyen d’avancer collectivement dites-vous, le vote crée une frustration importante chez la minorité. Vous faites autrement, vous repoussez la décision. Vous attendez qu’elle mûrisse. Vous attendez qu’une décision soit admissible collectivement, qu’un compromis s’impose. Vous vivez ça depuis vingt ans. Vous avez décidé à plusieurs de vivre ça. Il y a vingt ans. Vous avez choisi le bois. Vous avez choisi le plateau de Millevaches. Vous avez choisi de quitter la banlieue parisienne et de vous former au travail du bois. Vous avez tout choisi. A plusieurs. Vous avez fait ce choix, vous le vivez, vous êtes compétitifs. Ça fait plaisir. Vous le vivez. C’est possible. Il ne faut pas confondre le marché et le capitalisme. Oui bien sûr. Le marché, c’est l’échange de produits. Le capitalisme, c’est la rémunération du capital. Le marché existe depuis plusieurs millénaires. Le capitalisme est une invention récente. Oui bien sûr. C’est possible autrement. Nous sommes vivants. Nous pouvons faire des choix. Nous devons faire des choix. Etre vivant, faire des choix. Ça fait mal et ça fait plaisir. Nous somme vivants.

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