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Démarche : Habiter la nature

Frédéric Mardyla, vétérinaire

[- Écrit de Denis Lachaud, Rencontre des Alouttes, à La Forge, le 07 mai 2024. Portrait d’Eric Larrayadieu à Belloy Sur Somme -]

Mon grand-père était berger, mes parents représentants en meubles.
Je voulais devenir pilote d’hélicoptère ou vétérinaire. On n’a pas su m’orienter pour devenir pilote d’hélicoptère, on m’a dit pour pilote de chasse on aurait su mais pas pour pilote d’hélicoptère.
Alors ça a été vétérinaire.

J’ai eu mon diplôme en 1981.
À l’époque il y avait seulement trois écoles en France.
Le concours d’entrée était difficile. Beaucoup de Français allaient faire leurs études en Belgique, pas de concours d’entrée, il suffisait de s’inscrire. Mais les Belges se sont aperçus qu’ils formaient beaucoup de vétérinaires français qui repartaient exercer en France. Peu à peu ils ont limité le nombre, jusqu’à instaurer un tirage au sort.
Maintenant les Français vont en Roumanie, il y a des études en français. C’est payant, assez cher.
En 1980, j’ai été doctorant en septembre et le premier octobre, je suis parti à l’armée. J’ai été affecté à Rochefort sur mer, près de Bordeaux.

J’ai commencé ma carrière à Marmande, dans le Lot et Garonne. Comme ma femme était de Périgueux, j’ai cherché pas trop loin, j’ai trouvé à Marmande.
Je faisais surtout la rurale.
Je faisais aussi de l’inspection sanitaire à l’abattoir municipal. On cherchait des parasites.
À l’époque il y avait des abattoirs municipaux un peu partout. Ils ne faisaient pas de volume.
Aujourd’hui on est passé à de grands abattoirs avec leurs vétérinaires propres.
Je suis reparti au bout d’un an. Les éleveurs arrêtaient l’élevage pour faire de la tomate.
Après j’ai travaillé à Mauzé-sur-le-Mignon, dans les Deux-Sèvres.
J’y suis resté une année aussi. Puis il y a eu l’établissement des quotas laitiers. Les trois quarts des éleveurs ont arrêté le lait.
Alors je suis remonté en Picardie, c’est de là que je suis originaire.
Je me suis installé à Belloy-sur-Somme.
J’y suis resté trente-sept ans.

J’ai fait surtout la rurale au départ, les grands animaux, les animaux de rapport.
Puis le métier a changé.
Il y a eu de moins en moins d’éleveurs, des exploitations de plus en plus grosses.
Avant on soignait un individu, maintenant on analyse des courbes, on travaille sur une exploitation entière, c’est moins grave de perdre une vache.
En trente-neuf ans de carrière, je suis passé de 90 % de rurale à 80 % de canine.
C’est un autre métier.
Les chiens et les chats.
Les NAC (nouveaux animaux de compagnie), comme par exemple les perroquets.
Plus récemment encore on a vu arriver les NAL (nouveaux animaux de loisir) : les chevaux nains, les chèvres naines…
J’ai aussi soigné des poissons rouges et des oiseaux pendant quinze ans chez Truffaut à Amiens.
Moi je préférais soigner les chevaux et les vaches. Mais il faut trouver du temps de travail.
Quand on est vétérinaire diplômé on est considéré apte à soigner tous les animaux.
J’ai soigné un tigre dans un cirque.
Il suffit de potasser pour savoir quelles maladies concernent l’animal.
Par contre, un serpent, je ne saurais pas.

De mon temps, les inséminateurs contestaient aux vétérinaires le droit d’inséminer. Mais on l’a toujours eu, le droit. Par contre, on ne parvenait pas à obtenir les semences. On les a importées d’autres pays et finalement on a obtenu gain de cause. Les centres d’insémination ont été obligés de rétrocéder des paillettes aux vétérinaires.
Par ici, ça ne s’est jamais vraiment senti, on avait pas le temps pour les inséminations, on avait assez à faire.

J’ai été le premier dans la Somme à diagnostiquer la maladie de Schmallenberg. Elle est venue d’Allemagne.
Chaque époque a sa maladie : la brucellose, la tuberculose, la fièvre aphteuse, l’IBR, la FCO, la fièvre catarrhale, Creutzfeldt-Jakob…
La nature a horreur du vide. Dès qu’une maladie est vaincue, une nouvelle apparaît.

En soins dans les élevages actuels, il ne reste quasiment que les vêlages et les poulinages. Il peut y avoir toutes sortes de problèmes au vêlage. Si le veau ne passe pas, on fait une césarienne, on incise l’utérus de la vache. Il y a moins de monde autour que chez les humains. En général on est deux. Il faut travailler vite. On attache la vache, on rase et on désinfecte le flanc, on fait une anesthésie locale et on incise. L’ouverture doit mesurer au moins trente centimètres pour faire passer les hanches, le bassin du veau. C’est là que ça bloque. Après avoir coupé, on plonge la main dans le ventre pour repérer où est le veau. Il peut sortir par la tête ou le derrière. On attrape les deux pattes avant ou les deux pattes arrière et on extrait le veau. Ensuite on sort l’utérus pour le recoudre. Puis on recoud les parois. Il faut que la plaie soit étanche.
La vache, il vaut mieux qu’elle reste debout, ça pose moins de problèmes d’hygiène.
C’est spectaculaire, la vache saigne beaucoup.
Un veau peut faire entre trente et cent kilos à la naissance, selon les variétés.
On fait des césariennes chez les bovins depuis 1962.
Dans un premier temps on couchait la vache, puis on a mis au point la technique de l’animal debout.
Avant, quand il ne passait pas, on découpait le veau dans le ventre de la mère. C’est encore ce qu’on fait quand le veau est mort. Embryotomie.
On peut faire aussi des césariennes chez la chèvre ou le mouton.
Le cochon, c’est devenu industriel, tout est calibré.
J’ai fait une césarienne une seule fois chez un porc.
Moins l’espèce a de valeur, moins ça vaut le coup de payer une césarienne. De 2010 à 2020, ça coûte environ 220 euros HT, une césarienne, pour une vache. Comme l’animal vaut 1000 à 1200 euros, c’est rentable.

Aujourd’hui les gens viennent nous voir avec des rats, des poules, des chèvres…
Il y a eu la mode des tortues de Floride. Quand ça grossit, ça peut vous bouffer un doigt. Les gens les relâchaient dans les étangs. Elles mouraient au moment des gelées.

Le diagnostic a beaucoup évolué depuis qu’on utilise des échographes, des choses comme ça. Et les médicaments sont efficaces.
Maintenant les gens n’hésitent pas à payer pour des scanners.

Les animaux perpétuellement sous antibios c’est un mythe. D’abord il faut payer les médicaments, puis le lait n’est pas vendable et la viande non plus.

Action réalisée

Auteur.e.s
Denis Lachaud
Eric Larrayadieu

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