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Louise Dalle

[ À La Forge, Rencontre des Alouettes avec Louise Dalle, ses plantes aromatiques et médicinales bio, à Valheureux, le 24 septembre 2020, écrit de Denis Lachaud ]

Dans ma famille, ils sont tous agriculteurs. Du côté de mon père et du côté de ma mère. Mon père a une exploitation porcine. Il élève aussi des poneys Haflinger. C’est ce qui m’a donné l’idée de mon orientation.

J’ai passé un bac pro agricole.

Le bac pro m’a écœurée du monde agricole. Je n’avais jamais été confrontée au cliché de l’agriculteur fermé, fachiste. Dans ma classe, il n’y avait presque que des garçons. Des bœufs. Très machos, même s’ils ne m’embêtaient pas moi, personnellement. Mais l’ambiance était pesante. En terminale, un Malgache est arrivé dans la classe. C’était difficile d’ignorer toutes les conneries débitées.

J’ai fait une prépa A, qui mène à une école d’art. Je ne me suis pas épanouie. Je ne trouvais pas les profs encourageants.

Je me suis inscrit en fac, je me suis lancée dans une licence d’histoire.

Mais j’avais l’idée de revenir à la ferme.

En m’intéressant à la phytothérapie, je suis allée assister à une conférence à Lyon.

J’ai commencé à faire du woofing. C’est un réseau d’agriculteurs qui accueillent des gens. Ils les logent et les nourrissent contre quelques heures de travail quotidien.

Finalement je suis partie me former dans le Jura. J’ai préparé un Certificat de Spécialiste en Plantes Aromatiques et Médicinales.

Les stages se passaient plutôt bien. Je suis quand même tombée dans des fermes où le fermier habite chez ses parents, est célibataire, bosse toute la journée, ne fait rien d’autre que travailler.

J’ai été en Alsace, en Bretagne, dans le Boulonnais.

Après j’ai fait un an de service civique au Conservatoire des Espaces Naturels de Picardie. J’avais une mission auprès des publics. J’ai dû entrer en contact avec les gens. Ça m’a décoincée.

Finalement, je me suis installée. En 2017.

J’ai appelé mon exploitation l’Hèrberie. En patois picard, ça signifie champ de mauvaises herbes.

Je cultive des plantes aromatiques et médicinales.

Je dispose de deux hectares. Un hectare est exploité. Le deuxième est entouré de champs en exploitation conventionnelle. Je fais pousser une haie. Elle est petite encore. J’y ai planté du chanvre aussi. Le chanvre permet de produire de l’huile. La paille est très isolante.

Chaque plante se travaille différemment.

Les plantes ont toutes leurs vertus. Digestion, respiration…

Mais je suis cultivatrice, pas phytothérapeute.

La récolte est stockée dans une pièce isolée, plongée dans le noir. Il y a un déshumidificateur qui permet de descendre à 30% d’humidité. Les plantes sèchent très vite.

J’ensache par 25 ou 35 grammes. Je vends les sachets à des magasins. Ou sur des marchés mensuels.

Je suis plus à l’aise dans mon champ qu’à négocier les prix.

J’essaie de concevoir de nouveaux produits. Sirops, bonbons… Je travaille avec un traiteur pour les développer. Il a un diplôme de chocolatier.

Je fais pousser toutes sortes de plantes, certaines sont peu connues.

L’hysope ressemble à la lavande. Elle est bonne pour la respiration, la décongestion.

La monarde est souvent utilisée en ornement. Elle est bonne contre les maux de ventre. Les Indiens d’Amérique l’utilisaient déjà.

L’agastache ressemble à la menthe. J’aime l’utiliser pour son goût de réglisse.

Je fais aussi pousser de l’angélique. On confit les tiges. Je récolte les graines.

J’avais appris beaucoup de chose à l’école, il fallait que je trouve mes marques dans mon exploitation.

J’ai dû suivre d’autres formations, en bio, en compta, ça faisait partie des exigences du parcours d’installation avec la Chambre d’Agriculture.

Mon père m’a beaucoup aidée côté machinisme.

Mon conjoint m’a aidée aussi. Dans la fabrication des étagères par exemple.

Je me suis installée seule mais je suis très soutenue.

C’est ma mère qui m’a encouragée à creuser la connaissance des plantes.

Pour mon père c’était une lubie. Mais je lui ai donné des arguments concrets, il a vite changé d’avis. Il est assez réceptif au bio. Il a beau élever des cochons, il mange peu de viande.

Côté machines, j’ai un tracteur de 25 chevaux avec un vibroculteur qui arrache les orties et le rumex. Ensuite je passe une fraiseuse. Après la terre est très meuble. J’ai aussi une dérouleuse de bâche. Ça me permet de travailler seule là où il fallait 4 personnes. Au début je n’étais pas chaude, ce n’était pas l’image dont je rêvais pour mon champ mais grâce aux bâches, je ne suis pas esclave du désherbage.

L’avantage de ce type d’exploitation, c’est que ça ne demande pas beaucoup de frais pour s’installer.

J’ai pu m’en sortir avec des emprunts familiaux. Ne pas avoir les banques sur le dos, ça fait un poids en moins.

J’en suis à ma troisième année. Pour l’instant je ne me dégage pas de revenu mais je vois que c’est possible. Je dois persévérer du point de vue commercial, appeler des magasins.

J’ai pas mal de contraintes, mais elles sont beaucoup moins stressantes que dans l’élevage. Quand vous vous occupez de bêtes, si vous faites des erreurs, il y a vite de la souffrance animale.

J’ai trois stagiaires de la MFR de Villers Bocage.

Elle avaient du mal à trouver un stage en bio. C’est obligatoire. Au départ, elles ne sentaient pas ce stage chez moi, elles sont dans la filière équine. Finalement, ça leur plaît. Elles apprennent des choses. Elles sont contentes.

La terre est très riche. Il s’agit d’une ancienne pâture à chevaux. Elle n’avait jamais été traitée. Elle est passée en bio la première année.

Je n’ai pas trop de problèmes de maladie. Les plantes se défendent bien. J’ai des problèmes de pucerons sur les calendulas. Je parviens à les contenir. Je ramasse les œufs et les larves de coccinelle. La larve de coccinelle ça ressemble à Terminator. Les coccinelles mangent les pucerons.

Il m’arrive d’avoir de la rouille sur la menthe. C’est une maladie fongique.

Il me faut être attentive.

Je plante en fonction de ce qui a levé dans la serre. J’aimerais approfondir mes connaissances en matière d’entraide des plantes.

L’été, j’arrive sur l’exploitation à huit heures. Je commence avec les coquelicots. Puis le thym, la menthe à tailler, à hacher. Je récolte les bleuets tous les deux jours. Je m’occupe des mauves le soir. J’arrose. Je dois aussi m’occuper des poneys Haflinger, il en reste quelques uns. Je pars vers 19h.

En automne, la fatigue de l’été se fait sentir. C’est assez physique comme travail, mais je sais m’écouter.

Je n’ai pas l’impression d’être esclave, sauf au moment des fleurs.

Ce qui est bien c’est que les plantes restent en terre plusieurs années. Je ne dois pas tout replanter tous les ans comme les maraîchers.

Le plus gros du commerce se passe à l’automne et en hiver. Ensacher, mettre au point les mélanges, les faire goûter autour de moi, concevoir les étiquettes, dessiner, photoshoper, imprimer, découper coller… Les étiquettes, ce serait bien que quelqu’un d’autre s’en occupe.

Je tiens à me charger du travail commercial moi-même. Il faut que je me fasse violence.

J’ai un site internet, il est prêt, reste à trouver un prestataire pour les livraisons.

On réfléchit à ouvrir une boutique éphémère à Doullens avec mon compagnon, le propriétaire du magasin, le traiteur et la salariée de mon père qui fait du savon au lait de jument.

J’ai deux frères et une sœur.

Un frère artiste bohème.

Un frère qui va s’orienter vers la filière agricole, après avoir songé à la psycho. C’est un soulagement pour moi. Le poids de la succession reposait uniquement sur mes épaules. Il n’est pas contre reprendre l’élevage porcin, mais en bio et en plein air. Ce n’est pas arrêté.

Ma petite sœur n’exclut pas un projet à la ferme.

J’achète mes semences. Je récolte seulement les semences des plantes que j’ai du mal à trouver en bio, en semences ou en plants.

Quand je cueille les fleurs, je me mets une émission historique dans le haut-parleur. Je me cultive, je m’évade un peu. Sinon, je me retrouve vite seule avec mes pensées.

J’habite dans le village voisin avec mon compagnon. On projette de s’installer dans la maison familiale. Il y a toujours mes parents mais elle est très grande, on pourrait la couper en deux.

Action réalisée

Démarche :
Habiter la nature ? (en chantier)

Auteur.e.s
Denis Lachaud

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- Photographies d’Habiter la Nature

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