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Démarche : Habiter la nature

Yseline et Aubin

[– Rencontre avec Yseline et Aubin, sœur et frère, agricultrice et agriculteur, à Molliens et à Naours. À La Forge, le 11 décembre 2021. Écrit de Denis Lachaud. Photos d’Eric Larrayadieu –]

Yseline et Aubin, au travail à Molliens

Aubin
Aubin et son père adossés à la façade de la salle de traite sur la ferme familiale à Naours ©Eric Larrayadieu


YSELINE
– La ferme comporte deux sites : un à Molliens et un à Naours. On a grandi à Molliens, on est partis à Naours il y a 3 ans. On a été élevés dedans, je ne me vois pas travailler ailleurs, vivre des journées identiques, faire toujours la même chose. À la ferme, les journées ne sont jamais les mêmes.

AUBIN
– Moi je vis au jour le jour, je ne sais pas.

YSELINE
– Tu ne vas pas aller travailler dans un bureau quand-même.

AUBIN
– Non, ben non…

YVELINE
– On a 60 vaches laitières, des Holstein. On a aussi 45 vaches allaitantes, des Blondes d’Aquitaine. Des vaches à viande. Côté terres, on a 129 hectares dont 45 de maïs et 40 de pâture. Une grande partie des terres est louée.

Mon père trayait en pipeline, ça lui prenait 3 heures chaque matin et 3 heures chaque soir. Il a fait ça pendant plus de 10 ans. On est passés sur un robot depuis 2015. Ça augmente le confort de vie. Pour la vache aussi.

Le robot occupe une surface de 5m2. 5 mètres de long, 1 mètre de large. Les vaches circulent dans le parc, elles viennent toutes seules, à n’importe quelle heure. Elles entrent dans la cage, appâtées par la nourriture que le robot leur donne, elles se font traire. Chaque vache porte un collier avec un boîtier, le répondeur, ça permet au robot de la reconnaître. Il lui attribue plus ou moins de nourriture, en fonction de ses statistiques, ce qu’elle donne comme lait.

En moyenne, une vache se fait traire 2,8 fois par jour. Tout est plus précis avec le robot. 7 heures minimum doivent s’écouler entre deux traites. Si une vache revient au bout de 4 heures par exemple, le robot ne la trait pas. Il y a des vaches récalcitrantes. Surtout les génisses au début, quand elles n’ont pas l’habitude. Si elles débranchent dix fois, le robot rebranche dix fois.

Chaque matin quand on arrive, on repère celles qui sont en retard, qui n’ont pas été traites depuis 10 ou 12h. Le robot nous les signale. On va les chercher et on les amène à la traite. C’est toujours les mêmes.

Toutes les vaches ont une boucle à l’oreille. Les laitières ont un nom mais on ne s’en préoccupe pas, le robot les décrit surtout par leur numéro. Les blondes (les allaitantes), on est beaucoup moins dedans, on ne les reconnaît pas. S’il y a un problème, on regarde la boucle. Quand tu n’en as pas beaucoup, tu leur donnes un nom et tu t’en souviens. Nous on en a plus de 250 tout confondu, vaches, génisses et veaux.

Quand une vache est malade, le robot le détecte, quartier par quartier, c’est à dire trayon par trayon. Alors on les traite. En général, c’est une maladie du trayon.

Le robot écarte le lait des vaches malades. On le donne aux veaux, ça ne comporte aucun risque.

Un robot neuf, ça coûte 156.000 euros, plus le local. Nous, on en a acheté un d’occasion. On l’a payé 72.000. Quand il tombe en panne, on le répare si on peut. Sinon ils viennent et ils facturent. Le robot est révisé 4 fois par an, c’est défini par le contrat.

Le robot peut nous appeler n’importe quand, jour et nuit, s’il a un problème. On a programmé une liste de numéros de téléphone. Il appelle mon père en premier. S’il ne répond pas c’est ma mère, puis moi, puis mon frère. Si personne ne répond, il continue à appeler jusqu’à ce que quelqu’un décroche. Hier il nous a appelés pour une panne de courant.

Pour la reproduction, côté vaches laitières, le robot fait un pronostic chaleur et on insémine. Sinon, il y a un taureau à l’année avec les vaches allaitantes. L’été avec les génisses.

En général les vaches vêlent toutes seules. Parfois on les aide. Les mâles partent au bout de 15 jours à un mois. Les femelles sont élevées pour devenir des vaches.

Parfois on perd un veau. On se réveille le matin, on trouve un veau mort. On ne sait pas ce qui s’est passé. Plus rarement une vache… On travaille sur du vivant. Tout ne s’explique pas.

Une fois on a fait faire une autopsie pour savoir. Ça coûte 90 euros.

On s’est un peu diversifiés, on vend de la viande. La vache part sur pieds à l’abattoir, la boucherie nous rapporte de la viande en caissettes de 10kg. On les vend à des particuliers. Ça marche par bouche à oreilles. Je fais partir une vache quand j’en ai une et que j’ai assez de commandes. Il m’en faut 20 minimum. 20 commandes de 10kg. En général, il me reste 7 caissettes pour compléter.

Les vaches mangent du maïs d’ensilage matin et soir. De la luzerne aussi. L’été elles sortent en pâture. Sauf les laitières. Elle ne sortent pas.

La ferme est une SCEA. La SCEA YSBIN (le début d’Yseline et la fin d’Aubin).

On n’est pas encore installés, tous les deux. Pour l’instant, on est salariés sur la ferme.

Les charges sont payées, tout est déclaré, on a un statut social, mais on ne sort pas d’argent. Si on a besoin de quelque chose, on l’a.

L’an prochain je vais faire un BPREA.

AUBIN
– Moi j’ai un CAP.

YSELINE
– On finira par reprendre, mais rien n’est fait. Il faudra développer, c’est trop petit pour deux. Il y a plusieurs possibilités : soit acheter des terres…

AUBIN
– Mais ça coûte cher, acheter des terres.

YSELINE
– … soit installer une nouvelle production, soit développer la transformation du lait.

On en a déjà un peu discuté mais rien n’est défini.

Il faut juste que ce soit rentable.

On s’intéresse aussi à la sélection génétique. Toujours améliorer le rapport qualité/prix.

Pour l’instant, on est trois éleveurs laitiers à Naours. Mais ça finira par un seul gros élevage. Moi je ne suis pas pour réunir les 3 fermes. Réunir 3 familles, ça ne me paraît pas être une bonne idée.