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Cécile Fontaine, étudiante

[ Rencontre des Alouettes à La Forge, le 20 décembre 2020, avec Cécile Fontaine, étudiante agricultrice. Écrit de Denis Lachaud ]

 
Je m’appelle Cécile Fontaine, j’ai vingt ans, je suis née dans le milieu agricole. Mon père a une ferme. Ma mère était technicienne informatique, donc rien à voir.
Quand mes parents ont divorcé, je suis partie vivre à Amiens avec ma mère. Mais je n’ai jamais aimé la ville. Je venais le week-end chez mon père et je passais mon temps avec les vaches. C’est comme ça que la passion est née.
Sur l’exploitation on a 45 vaches laitières et 10 charolaises. Les charolaises sont des mères à veaux engraissées pour leur viande.
Je voulais devenir vétérinaire, quand j’étais petite. Puis l’idée est venue de reprendre les vaches. Au départ, ma mère n’était pas trop d’accord. On a beaucoup discuté. J’ai réussi à la convaincre.
 
J’ai fait des études agricoles avec cet objectif. Les vaches.
Les champs ça m’intéresse beaucoup moins.
J’ai commencé par un BAC STAV (Sciences et Technologies de l’Agronomie et du vivant).
Après je suis allée en BTS ACSE (Analyse, Conduite et Stratégie de l’Entreprise agricole).
Maintenant, je suis en licence de gestion agricole. Pour un an. Après j’arrête.
J’ai fait beaucoup de stages pendant mes études.
J’ai tourné avec un inséminateur. Ça m’a permis de voir différentes structures et d’observer différentes façons de fonctionner.
J’ai tourné avec un vétérinaire.
J’ai travaillé dans le pays de Bray sur une exploitation avec 90 vaches. Dans le Santerre aussi.
J’ai fait un stage en Irlande. C’était un peu le cauchemar. Il y avait 400 vaches. Ils faisaient jusqu’à 3 traites par jour. Ils passaient tout leur temps à traire.
Maintenant je suis en alternance à Talmas. Il y a 90 vaches laitières.
 
Je pense reprendre l’exploitation de mon père dans 1 ou 2 ans maximum. D’abord, je vais travailler avec lui pour bien tout connaître. Après je me lancerai. Je serai toute seule, mais mon père et mon oncle ont déjà dit qu’ils continueront à m’aider. Au moins au début, pour stabiliser le rythme.
Il n’y a pas grand chose à changer, à mon avis. J’imagine une salle de traite avec fosse, pour éviter d’être blessée en me prenant un coup de patte, si je suis seule. À part ça, je vois quelques petits aménagements dans le bâtiment. Pas grand chose. Pas de gros travaux.
 
Mon projet à long terme, c’est de transformer ma production de lait. Je veux faire des yaourts et des glaces. Je commencerai par en transformer une partie et si ça marche, la totalité.
 
Sur une journée type, on commence la traite à 7h du matin. On a une salle avec 6 postes. Ça nous prend 1 heure et demie pour traire toutes les vaches. Ensuite on fait boire les petits veaux, on les paille, puis on donne à manger aux génisses et aux charolaises.
Vers 16h, on nourrit les vaches. On leur donne du maïs, un peu de minéraux, de tourteaux (des granulés qui apportent les protéines). À 17h on les paille pour qu’elles dorment bien au sec dans leur stabulation. On paille à la main, avec une fourche.
À 18h30 c’est la deuxième traite, ensuite on fait boire les veaux et voilà.
Selon les saisons, ça se décale et il y a d’autres choses à faire en plus.
On produit tout ce qu’on leur donne sauf les minéraux et les granulés qu’on achète.
 
On produit du blé, de l’orge, du maïs, du colza et des betteraves sucrières.
Je serai obligée de m’en occuper un peu aussi, même si ça m’intéresse moins que les vaches. Surtout si je suis seule.
Je pense que j’arrêterai la betterave. Les prix se sont effondrés. Le colza aussi, peut-être. Et j’ajouterai la luzerne.
On a 70 hectares. C’est un peu petit.
Il y a 6 fermes à Molliens. Il y en a une qui fait des vaches à viande et une autre qui fait des vaches laitières : c’est nous. Les 4 autres font que des champs.
Il y a de moins en moins de fermes et de moins en moins de vaches.
 
Ma sœur vient m’aider de temps en temps. Elle est aide soignante au CHU d’Amiens.
Les vaches, c’est vraiment une passion. J’aime leur contact. Je les connais toutes. Même mieux que mon père. Elles ont toutes un nom ou un surnom. On a eu une prématurée, on l’a surnommée Rase-moquette. La plus petite génisse est surnommée la Naine. Certaines sont un peu sauvages. J’ai moins d’affinités avec elles.
On les garde entre une et six lactations. L’objectif c’est un veau par an. On tarit leur pis 60 jours avant le vêlage. Elles produisent mieux après.
 
Au moment de l’ensilage, on organise un repas à la maison pour que tout le monde puisse se parler. Mais ça se fait de moins en moins. Maintenant, tout le monde veut aller vite vite vite. Ils mangent un sandwich dans le tracteur.
 
Tout notre milieu est impacté par le changement climatique. L’herbe pousse moins bien, les cultures ont moins de rendement. On nous dit de planter des haies pour lutter contre l’érosion. On est en train de replanter les haies qui ont été arrachées il y a 50 ans. On a des talus sur nos parcelles, aussi. Ça aide.
On s’adapte. De toute façon, je ne me vois pas faire autre chose.

Action réalisée

Démarche :
Habiter la nature ? (en chantier)

Auteur.e.s
Denis Lachaud

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