LaForge Facebook de LaForge Au fil des jours



Démarche : ENFANTS, PETITS-ENFANTS DE HARKIS, ICI

Rencontre avec Saliha Abdellatif

Les Abdellatif, c’est d’abord une tribu. On est des gens du livre et des religieux, des marabouts… J’ai fait un film sur le SIDA dans les banlieues les plus pourries. Ce n’est pas moi qui l’ai tourné, je ne suis pas cinéaste. Je suis allée parler avec les gens. Allez trouver un Musulman qui parle devant une caméra avec pour interrogation : Dis-moi comment tu baises. J’ai commencé mon enquête à Amiens. On m’a dit, Le SIDA c’est pas une maladie d’Arabes. C’est vrai. C’est une maladie de pauvres. Pas seulement de pauvres, mais en tout cas de pauvres. Accessoirement je suis coco. C’est le seul idéal qui vaille. Un idéal ne s’atteint pas, l’essentiel est d’y tendre. Quoi qu’il en soit, socialement nous avons besoin du parti communiste, question d’équilibre des rapports de force incontournables. Le film s’appelle SIDA, sauf votre respect. On l’a fait en 91/92. J’ai enterré plein de mômes. Sur cinquante-quatre gamins que je prenais le soir pour les faire étudier, j’en ai perdu à peu près trente. J’ai fait une dépression.

Je ne supporte pas qu’on tombe sur les Harkis.
– La Forge veut travailler sur la transmission au sein des familles de harkis.
– C’est difficile. C’était une guerre sans gloire.
Des deux côtés.
Non, je préfère le côté français. Le FLN venait chez les gens, ils demandaient deux francs. Si vous ne les aviez pas, on vous mettait une corde au cou et on tirait des deux côtés. Puis on jetait le corps dans le puits. C’est un FLN qui me l’a raconté.
Sur sept victimes que faisait le FLN, six étaient musulmanes.

Je suis arrivée en Picardie à onze ans. On était partis avec la tribu. L’équivalent de trois villages. Mon père a été recasé comme interprète à la préfecture d’Amiens, au service des rapatriés. Puis on lui a proposé Versailles. Il a dit non. On est restés en Picardie. Il a été au chômage six mois. Il nous a rien ditet allait tous les jours à la préfecture. Jusqu’à ce qu’ils le recasent au bureau du courrier. En suite il a travaillé à la Région.