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Démarche : LE FAIRE DE LA FORGE ?

De la dentelle, des torchons, un tablier

3e Session de l’Atelier de pancartes brodées

Après Betty lors de la rencontre précédente, le groupe est aujourd’hui rejoint par Laurence. 

– J’ai apporté un tablier à broder et j’ai pensé écrire JE RENDS MON TABLIER.

– Génial.

– COURS TOUJOUR, il manque encore le S….

– J’ai apporté un tricotin mécanique, tu installes la laine et après tu tournes la manivelle.

– C’est moderne !

– J’ai ce tissu là, ça fait bien nana et dessus je vais écrire NON C’EST NON. Avec le dernier NON bien gros.

– Moi je commencerais par la fin, le NON bien gros. Et ensuite tu pourras décider comment tu écris les deux premiers mots.

Le thème a été choisi au départ :  les revendications des femmes à l’égard des hommes à partir de leur propre expérience, de ce qu’elles ont ressenti, vécu. 

L’atelier fabrique des pancartes sur des fonds différents : de la dentelle, des torchons, un tablier, tous matériaux choisis dans le réservoir des attributs traditionnellement fléchés du côté féminin. Les femmes doivent porter de la dentelle pour être belles, elles doivent mettre un tablier pour s’occuper de la maison, utiliser des torchons pour essuyer, briquer, pour que ça brille. 

Traditionnellement. 

Les temps changent, mais on sait que les temps changent doucement. 

Ce qui se prépare commence à se cristalliser. Une manifestation ? Peut-être pas, les participantes ont du mal à se déplacer. Une séance photo avec Eric ? Une manif statique, une sorte de happening, en choisissant un site intéressant à Ault et en rameutant les copines ?

COURS TOUJOURS

QUAND T’ES AMOUREUSE, TU VOIS RIEN D’AUTRE

AVANT J’ÉTAIS TRANSPARENTE

NON C’EST NON

JE RENDS MON TABLIER 

LE TORCHON BRÛLE

VA TE FAIRE VOIR 

LE MIEN C’EST UNE PERLE

Les hommes ne sont pas là. Voilà ce dont on parle aujourd’hui. Pierre, le cinéaste, demande pourquoi. 

Souvent, au sein de La Forge, nous sommes amenés à susciter la parole et cette parole plonge dans l’intime pour évoquer les problèmes auxquels chacun.e est confronté.e. Notre expérience à nous, l’expérience de La Forge, c’est que les hommes disparaissent dès qu’il s’agit de parler de soi, d’évoquer les sujets susceptibles de déclencher des émotions. 

Les femmes qui ont fabriqué les chaises en crochet sucré et imaginé Franky (le roman-photo) avec Eric et moi, composaient un groupe déjà constitué au moment où nous les avons rencontrées, un groupe qui se réunissait une après-midi par semaine. Je leur demande si au départ il y avait des hommes dans ce groupe, ou s’il avait été décidé qu’il n’y aurait que des femmes. Mais non, les hommes étaient absents parce qu’ils étaient au travail. Ou bien, ils étaient au chômage et dans ce cas, ils préféraient rester chez eux. 

Aujourd’hui, autour de la table il y a des femmes qui travaillent. Marie-Françoise, Micheline, Betty et Laurence, les participantes, Marie-Claude et Valérie de La Forge. Elles découpent, conçoivent les panneaux, brodent.

– En remontant un petit peu plus la lettre…

– Tu as raison, je devrais la remonter jusqu’ici. 

– Je trouve qu’il est apaisant, le son du tricotin.

– J’ai du mal avec le f.

– C’est la boucle qui te pose un problème, t’es pas obligée de faire une boucle.

– Ah oui c’est vrai.

– Et mon L, ça va ?

– Tu peux allonger la barre verticale, monter plus haut.

Aujourd’hui autour de la table, les hommes observent les femmes, ils produisent à partir de leur travail. Deux hommes écrivent, un homme filme. Répartition des tâches. Seule exception, François manipule le tricotin mécanique pour produire la chaînette qui permet de composer les lettres cousues sur la dentelle par Micheline.

– Vous voulez qu’on vous apprenne à broder ?

– Là vous vous engagez dans un travail à très long terme, je ne sais rien faire avec mes mains.

– Vous êtes sûr ?

Bien sûr, cette répartition des rôles est liée au projet, aux circonstances. Mais la situation est presque comique, tant elle est caricaturale.

– On ne nous annonce pas un beau week-end.

– Moi qui voulais jardiner…

Publication de Valérie Debure